Retour Actualités | Publié le 22/05/19

Et si la France s’approchait du plein-emploi ?

En réponse à cette interrogation, nombreux seront ceux, qui brandissant les derniers résultats de l’INSEE (8.7% de chômage au 1er trimestre soit 1 point au-dessus de la moyenne européenne) s’offusqueront. Comment oser une telle question alors que plus de 3 millions de personnes sont sans emploi et inscrites à Pôle Emploi ?

Changeons de point de vue et observons le marché du travail. Tous les secteurs d’activité rencontrent des difficultés croissantes pour embaucher, certains connaissent une véritable pénurie de main d’œuvre. D’aucuns expliqueront que ce paradoxe s’explique par les défaillances de notre système éducatif et de formation professionnelle. Ces dernières conduisent effectivement à une inadéquation entre l’offre et la demande sur le marché de l’emploi ; mais celle-ci existe dans bien d’autres pays et ne peut expliquer à elle seule de telles tensions sur le marché de l’emploi avec un taux de chômage à 8.7%.

L’analyse comparative du taux de chômage français annoncé par l’INSEE doit se faire à la lumière de notre système d’assurance-chômage et principalement par les prestations offertes par Pôle Emploi. La France est une championne de la protection sociale ; les chiffres sont têtus. Selon la DRESS, avec 32% de la richesse nationale française consacrée aux prestations sociales, l’Hexagone se positionne tout juste devant le Danemark (31,1%) et la Finlande (31,1%), et loin devant la moyenne européenne à 27,5%. Le système de protection sociale français est l’un des meilleurs au monde, dans la durée et dans les montants. Et cela dessine un système qu’il convient d’appréhender avec toute l’objectivité nécessaire pour ne pas se tromper de combat ou de mesures à appliquer.

Quelques exemples :

Notre système finance la création d’entreprise. Les demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi et indemnisés, qui créent ou reprennent une entreprise durant la phase de lancement de leur projet, bénéficient d’allocations chômage ou se voient verser une aide financière pour le démarrage de leur activité.

De même Pôle Emploi finance la culture par le système unique au monde qu’est l’intermittence du spectacle qui favorise et encourage la création et la diffusion. Les artistes bénéficient d’allocations leur permettant d’être rémunérés à temps plein tout au long de l’année malgré des périodes contraintes d’inactivité.

La flexibilité du marché de l’emploi est également financée par l’assurance-chômage, à travers l’intérim et les contrats courts. Ces dispositifs facilitent les transitions entre les périodes travaillées et celles d’inactivité.

Pôle Emploi finance indirectement l’ouverture d’esprit de nos jeunes. Combien sont-ils à négocier une rupture conventionnelle – seul moyen de quitter un emploi en s’assurant une indemnisation chômage – pour aller découvrir le monde ? Il s’agit d’une tendance croissante.

Ces différents dispositifs, très utiles, doivent être pris en compte dans l’appréciation du taux de chômage français.

Alors que certains pays affichent un taux de plein-emploi avec 4 à 5% de chômeurs, celui de la France est sans nul doute notablement plus élevé du fait même de notre système de protection sociale.

 

Michel Gire

Associé fondateur GMBA

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